Arsène Welkin
Portrait, 2022

Sur une invitation de la Double V Gallery

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À l’origine, il y a un regard. Celui de l’aventurier qui s’imprègne des détails de l'Alentour pour en capturer l’image sensible. Arsène Welkin s’inspire de cette poésie du quotidien dans des œuvres d’où s'échappe une mythologie personnelle, un théâtre de la vie qui ravive les histoires du passé, les réminiscences de voyages, les souvenirs de folklores plus ou moins lointains. Né en 1993, Arsène Welkin se consacre à la peinture en autodidacte, après avoir embrassé la musique durant dix ans. De la musique, sa pratique picturale conserve une même essence rythmique. Ses œuvres sont bavardes. Elles chantent les récits de fantômes croisés, de figures imaginées. Mais tandis que la musique lui permettait d'exprimer une colère juvénile, c’est au travers de la peinture que l’artiste aboutit sa recherche de quiétude.


Arsène Welkin fait jaillir la couleur de formes simples et naïves, au sein d’un corpus d'œuvres figuratives issues d’un héritage fauve. Sur le papier pastel ou à l’acrylique sur toile, les tons sont chauds, les nuances se font terreuses et le geste rapide dans une quête fébrile d’intensité. Les peintures apparaissent dès lors comme des fenêtres que l’artiste nous invite à traverser pour plonger dans les aplats d’un bleu saphir, ou au contraire nous écorcher contre les motifs hypnotiques. Convoquant les genres manifestes de l’Histoire de l’art, Arsène Welkin se prête au jeu du portrait, du nu lascif et de la nature morte dans un style résolument personnel et intemporel. Ce qu’il recherche, point de lumière vacillant entre la concentration et la contemplation, semble se trouver tant à l'intérieur qu'à l’extérieur du tableau.


Les sujets deviennent ici des prétextes pour explorer le geste, par sa justesse et les tensions qui l'habitent. On notera sa série autour de la figure de torero, présentée lors de la première exposition solo de l’artiste à la galerie Double V à l’été 2021, et dans laquelle l’homme costumé, allégorie de l’artiste, semble porter son regard en lui-même dans une quête intérieure de la bête qui l’habite. Une force tranquille, presque insaisissable, qui se dessine aussi dans les courbes des femmes voluptueuses dans un état de contemplation relevant du pré-rêve, qu’Arsène Welkin peint lors d’une résidence à Marrakech. Ces personnages entre réels et mythologiques, se fondent dans des aplats profonds ou dans des motifs répétitifs peints d'après modèles et ne sont pas sans rappeler ses compositions de natures mortes, faisant plonger le regard du curieux dans l’intimité de l’atelier de l’artiste. Le peintre accorde ainsi aux paysages la même intensité picturale qu’à ses personnages, mêlant l’ensemble dans une composition généreuse, témoin d’un univers où les histoires se lisent dans les interstices de la couleur.



Lena Peyrard