
CE QUI FAIT TRACE SANS FAIRE DE BRUIT
Fondation LAccolade, Paris
Du 14 au 29 novembre 2025
A l’occasion de PhotoSaintGermain
Avec Fanny Buéguély, Guénaëlle de Carbonnières, Dan Hayes, Ninon Hivert, Julie Rochereau, Hugo Servanin, Naz Shahrockh.
Commissariat d’exposition, Lena Peyrard
Dans Le champignon de la fin du monde1, l’anthropologue Anna Tsing explore la manière dont la vie se réinvente dans les ruines du capitalisme. Elle observe le matsutake, champignon rare qui pousse sur des sols dévastés, comme une métaphore des formes de survie et de coopération qui naissent dans les interstices du vivant. C’est à partir de cette idée, celle d’une vitalité fragile mais persistante, que se déploie l’exposition Ce qui fait trace sans faire de bruit.
Elle s’attache à ce qui reste, à ce qui s’efface, à ce qui résiste dans le silence. Elle regarde les paysages urbains ou naturels non comme des décors mais comme des archives vivantes traversées par des strates de récits discontinus. Les lieux que nous habitons, les objets que nous manipulons, les corps que nous portons deviennent autant de surfaces mémorielles, empreintes d’histoire et de transformations.
A l'occasion de PhotoSaintGermain, l’exposition met en dialogue certaines œuvres issues de la collection privée de la Fondation LAccolade avec celles d’artistes invité·es. A rebours du spectaculaire, celles-ci ont en commun de choisir le retrait et la contemplation. Elles invitent à penser la photographie non comme outil de captation mais comme un agent de réactivation de mémoires enfouies, humaines, végétales, minérales.
Les artistes réunit ici agissent comme des archéologues tentant de rendre tangible ce qui tend à disparaître. Leurs gestes, souvent lents et artisanaux, relèvent de protocoles d’enfouissement, de prélèvement ou de reconstitution. En entrelaçant procédés analogiques anciens et technologies numériques, iels sondent les potentialités plastiques et temporelles de l’image. Techniques de solarisation, d’hybridation ou de transfert deviennent autant de moyens de faire apparaître des contre-récits par la trace, la réaction, l’accident. Leurs œuvres sont de l’ordre de la rémanence, pour qualifier cet état suspendu de l’image, cette persistance discrète à la lisière du visible. À la manière de Robert Smithson évoquant la « ruine inversée »2, où toute construction porte déjà en elle sa propre désagrégation, ces artistes révèlent la beauté des transformations lentes et la vitalité qui naît dans la décomposition. Iels sondent une manière d’habiter le monde autrement, par la trace, par l’écoute, par la mémoire. Leurs images agissent comme des gestes photographiques au seuil de la disparition, où se rejouent d’autres narrations, d’autres formes de vie, d’autres possibles.
L’exposition engage ainsi une réflexion sur nos interactions avec notre environnement, qu’il soit urbain ou sauvage. En proposant un déplacement du regard,Ce qui fait trace sans faire de bruitrevendique une forme d’écologie de l’attention et nous invite à regarder ce qui survit sous la surface, à renouer avec la lenteur et la porosité du vivant. À comprendre que la mémoire, parfois, se transmet autrement. Discrète, souterraine, obstinée.
1Anna Lowenhaupt Tsing, Le champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme (Paris : La Découverte, 2017).
2Robert Smithson, « A Tour of the Monuments of Passaic, New Jersey » (1967), dans Robert Smithson: The Collected Writings(Berkeley : University of California Press, 1996).
Fondation LAccolade, Paris
Du 14 au 29 novembre 2025
A l’occasion de PhotoSaintGermain
Avec Fanny Buéguély, Guénaëlle de Carbonnières, Dan Hayes, Ninon Hivert, Julie Rochereau, Hugo Servanin, Naz Shahrockh.
Commissariat d’exposition, Lena Peyrard
Dans Le champignon de la fin du monde1, l’anthropologue Anna Tsing explore la manière dont la vie se réinvente dans les ruines du capitalisme. Elle observe le matsutake, champignon rare qui pousse sur des sols dévastés, comme une métaphore des formes de survie et de coopération qui naissent dans les interstices du vivant. C’est à partir de cette idée, celle d’une vitalité fragile mais persistante, que se déploie l’exposition Ce qui fait trace sans faire de bruit.
Elle s’attache à ce qui reste, à ce qui s’efface, à ce qui résiste dans le silence. Elle regarde les paysages urbains ou naturels non comme des décors mais comme des archives vivantes traversées par des strates de récits discontinus. Les lieux que nous habitons, les objets que nous manipulons, les corps que nous portons deviennent autant de surfaces mémorielles, empreintes d’histoire et de transformations.
A l'occasion de PhotoSaintGermain, l’exposition met en dialogue certaines œuvres issues de la collection privée de la Fondation LAccolade avec celles d’artistes invité·es. A rebours du spectaculaire, celles-ci ont en commun de choisir le retrait et la contemplation. Elles invitent à penser la photographie non comme outil de captation mais comme un agent de réactivation de mémoires enfouies, humaines, végétales, minérales.
Les artistes réunit ici agissent comme des archéologues tentant de rendre tangible ce qui tend à disparaître. Leurs gestes, souvent lents et artisanaux, relèvent de protocoles d’enfouissement, de prélèvement ou de reconstitution. En entrelaçant procédés analogiques anciens et technologies numériques, iels sondent les potentialités plastiques et temporelles de l’image. Techniques de solarisation, d’hybridation ou de transfert deviennent autant de moyens de faire apparaître des contre-récits par la trace, la réaction, l’accident. Leurs œuvres sont de l’ordre de la rémanence, pour qualifier cet état suspendu de l’image, cette persistance discrète à la lisière du visible. À la manière de Robert Smithson évoquant la « ruine inversée »2, où toute construction porte déjà en elle sa propre désagrégation, ces artistes révèlent la beauté des transformations lentes et la vitalité qui naît dans la décomposition. Iels sondent une manière d’habiter le monde autrement, par la trace, par l’écoute, par la mémoire. Leurs images agissent comme des gestes photographiques au seuil de la disparition, où se rejouent d’autres narrations, d’autres formes de vie, d’autres possibles.
L’exposition engage ainsi une réflexion sur nos interactions avec notre environnement, qu’il soit urbain ou sauvage. En proposant un déplacement du regard,Ce qui fait trace sans faire de bruitrevendique une forme d’écologie de l’attention et nous invite à regarder ce qui survit sous la surface, à renouer avec la lenteur et la porosité du vivant. À comprendre que la mémoire, parfois, se transmet autrement. Discrète, souterraine, obstinée.
Lena Peyrard
1Anna Lowenhaupt Tsing, Le champignon de la fin du monde. Sur la possibilité de vivre dans les ruines du capitalisme (Paris : La Découverte, 2017).
2Robert Smithson, « A Tour of the Monuments of Passaic, New Jersey » (1967), dans Robert Smithson: The Collected Writings(Berkeley : University of California Press, 1996).